On parle souvent des grosses marques food qui ont “réussi sur Instagram” — Cédric Grolet, Ottolenghi, Olivia’s à New York — comme si elles étaient l’étalon de référence. La réalité du marché français, c’est différent. La grande majorité des restaurants, boulangeries et pâtisseries qu’on accompagne, ou qu’on observe, naviguent entre 800 et 4 500 abonnés. Stagnation, pas effondrement. Le compte existe, il ne ramène rien.

Ce papier rassemble ce qu’on observe en 2026, après 60+ comptes audités, et nos débuts d’accompagnement d’Il Fornaio. Pas une étude académique. Une lecture de terrain.

1 · Les chiffres qui reviennent

Sur les 60 comptes qu’on a regardés en détail entre janvier et mai 2026 :

2 · Les trois formats qui dominent en 2026

Quand on regarde les comptes français qui ont franchi les 10 000 abonnés en moins d’un an dans le secteur food, on retrouve presque toujours le même mix :

Le Reel “macro produit”

Une vidéo de 5 à 12 secondes, plan fixe ou très lent travelling, sur un produit en train d’être préparé ou découpé. Pas de voix off, juste le son ambiant. La pâte qui se déroule, le chocolat qui coule, la croûte qui craque. Marche partout, demande zéro budget hors temps de tournage.

Le Reel “coulisses humain”

Une personne de l’équipe filmée en train de faire son métier. Visage visible, geste précis. Format encore sous-exploité par la restauration française : la majorité refuse de montrer ses équipes par pudeur, ou par peur que le personnel soit débauché.

Le carrousel “avant/après”

Photo 1 : l’ingrédient brut ou la pâte. Photo 2 : le produit fini. Sur les comptes pâtisserie, le carrousel “matière première → résultat” performe systématiquement 2 à 3× au-dessus de la médiane.

Ce qui ne marche plus en 2026 : les photos statiques de plats finis sur fond blanc. Sauf si vous êtes Pierre Hermé. Et encore.

3 · Pourquoi les boulangeries restent à la traîne

Les boulangeries-pâtisseries indépendantes représentent un cas particulier. Le produit est photogénique au-dessus de la moyenne, le sujet est familier, et pourtant la majorité plafonne sous les 2 000 abonnés.

Trois raisons que l’on identifie systématiquement :

  1. Le rythme matinal incompatible avec la production de contenu. Quand on commence à 4 h du matin, l’idée de “filmer la fournée” relève du fantasme. Le geste métier est concentré sur les huit premières heures, et personne dans l’équipe n’a la disponibilité pour gérer le téléphone.
  2. L’absence de direction artistique fixe. Les comptes oscillent entre photos prises au téléphone, captures de food trucks, partages de clients. L’œil n’identifie pas une marque, il identifie une accumulation.
  3. L’angoisse de “faire trop pro”. Beaucoup de boulangers nous disent ne pas vouloir “faire trop agence” — peur de perdre l’authenticité. La vraie ligne, c’est l’inverse : un compte mal géré transmet un signal de non-soin, pas d’authenticité.

4 · Ce qui change en 2026

Trois mouvements de fond qu’on observe sur les six derniers mois :

5 · La question qu’on se pose chez agencefood

Si on devait résumer ce qu’on observe en une seule phrase : la plupart des comptes food français en 2026 ne sont pas mauvais, ils sont absents.

Absents au sens où ils n’occupent pas l’espace mental de leurs clients potentiels. Trois posts par mois, zéro Reel, zéro story, c’est l’équivalent d’une vitrine fermée six jours sur sept. Le bâtiment existe, mais personne ne sait que vous travaillez.

La bonne nouvelle, c’est que la barre à franchir reste basse. Quatre Reels par mois, un calendrier de stories, deux jours de shooting par mois — ça suffit à passer de “absent” à “présent”. C’est précisément ce qu’on construit pour Il Fornaio en ce moment, et ce qu’on appliquera aux marques qu’on accompagne ensuite.


Cette note est une photo du marché à l’instant T. On la mettra à jour tous les trimestres à mesure qu’on accumule de la donnée. Si vous voulez qu’on regarde votre cas en particulier, c’est par ici.